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Lettre de soutien à PN de J. Beckers et G. Simons au Ministre C. Dupont

"[...] il serait regrettable que celle-ci [l’école de Pédagogie Nomade] ne puisse ouvrir ses portes dès le mois de septembre 2008."

lundi 19 mai 2008, par Antoine Janvier

UNIVERSITE de Liège,

Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education,
Service "Professionnalisation en Education : Recherche et Formation",
Jacqueline BECKERS, professeur ordinaire

Faculté de Philosophie et Lettres,
Département de Langues et Littératures germaniques,
Service de Didactique des Langues germaniques,
Germain SIMONS, chargé de cours

Liège, le 16 mai 2008

Monsieur le Ministre,

En tant que professeurs de didactique, nous nous intéressons, depuis de nombreuses années, à toutes les formes d’innovations pédagogiques susceptibles d’optimaliser notre enseignement, mais aussi de contribuer à former des êtres humains épanouis et responsables. Récemment, nous avons eu l’occasion d’assister à deux présentations de Pédagogie Nomade sur le collège expérimental de Saint-Nazaire et sur l’école-pilote que ce collectif souhaiterait ouvrir l’année prochaine en Communauté française. Nous avons également eu la chance de rencontrer les chevilles-ouvrières de ce projet lors de deux réunions de travail, et avons pu approfondir le sujet avec eux. C’est donc en connaissance de cause que nous soutenons ce projet, et ce pour les trois raisons principales suivantes :

1. Cette nouvelle structure scolaire nous paraît répondre à un réel besoin en Communauté française en matière d’accueil d’élèves qui éprouvent des difficultés à s’insérer dans le système ‘traditionnel’ d’enseignement. Nos nombreuses visites de stages nous conduisent à penser que ce public est en constante augmentation.

2. Ce projet nous semble rencontrer parfaitement un certain nombre d’objectifs généraux du Décret Missions… dont celui qui consiste à former des « citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ». En fondant cette école expérimentale sur les principes d’égalité asymétrique entre professeurs et élèves, et de responsabilisation des élèves face à leur apprentissage mais aussi face aux tâches de gestion de l’école, ce type de structure scolaire offre les conditions nécessaires pour atteindre ces objectifs, bien davantage encore, nous semble-t-il, qu’un contexte d’enseignement ‘traditionnel’. Par ailleurs, les témoignages recueillis à Saint-Nazaire montrent combien cette approche pédagogique sollicite différentes facettes de la personnalité des élèves — pas uniquement leurs facultés intellectuelles — et leur (re)donne confiance en eux, ce qui est aussi un des objectifs prioritaires du Décret Missions… : « promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves ».

3. Ces dix dernières années, nous avons, avec l’Inspecteur M. Dahmen, mené différentes recherches-actions dans des écoles de la Communauté française : l’apprentissage en accès-libre, l’apprentissage en tandem, la gestion de l’hétérogénéité, l’identification et l’apprentissage des stratégies de communication… Si ces recherches ont produit des résultats globalement (très) positifs dans le contexte ‘traditionnel’ d’enseignement, nous constatons qu’il est difficile d’en maintenir les effets à moyen, et, a fortiori, à long termes, entre autres, en raison du poids et de la rigidité de l’institution scolaire. Il est probable que les différentes innovations pédagogiques issues de nos recherches trouveront un terreau encore plus favorable dans le contexte scolaire expérimental proposé par Pédagogie Nomade.

Certes, nous savons qu’il n’est pas de systèmes miracles et que toute nouveauté pédagogique comporte inévitablement un certain nombre d’effets pervers. Certes, nous savons d’expérience qu’il peut exister entre le projet initial — aussi bien conçu soit-il — et sa mise en pratique sur le terrain, une différence, voire une déperdition due, entre autres, à certaines contraintes qu’on avait initialement sous-estimées. Nous savons cela. Cela étant, nous savons aussi que le système scolaire ‘traditionnel’ a, lui aussi, des défauts, et qu’il est extrêmement difficile de le réformer de l’intérieur. C’est pourquoi, convaincus que ce projet n’est en rien une utopie car il s’inspire d’expériences menées depuis une vingtaine d’années en France, et touchés par l’enthousiasme communicatif et la ferme volonté des membres de Pédagogie Nomade à créer une autre école, une école plus citoyenne et plus équitable, nous estimons qu’il serait regrettable que celle-ci ne puisse ouvrir ses portes dès le mois de septembre 2008.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

Jacqueline BECKERS
Professeur ordinaire à l’ULg

Germain SIMONS
Chargé de cours à l’ULg