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Avis de Philippe Meirieu sur le projet Pédagogie Nomade

mercredi 24 octobre 2007, par Antoine Janvier

Philippe Meirieu Professeur en sciences de l’éducation

Le 8 mai 2007

AVIS SUR LE PROJET DE SCRUCTURE SCOLAIRE ALTENATIVE PRESENTE PAR « PEDAGOGIE NOMADE »

Au moment où les institutions scolaires traditionnelles rencontrent de grandes difficultés avec les adolescents et les jeunes adultes, tant en matière d’apprentissage que de socialisation, le projet présenté par « Pédagogie nomade » est particulièrement prometteur. Il s’émancipe de manière bienvenue des archaïsmes formels et prend le parti de l’inventivité. Pour autant, il n’est en rien un « projet laxiste », bien au contraire : il est d’une extrême exigence, aussi bien pour les enseignants qui devraient s’y investir que pour les élèves qui auront la chance d’y être scolarisés.

Pour une fois, une école, en effet, mettra la transmission des savoirs et ses exigences au coeur de son fonctionnement. En effet, le grand paradoxe de beaucoup d’écoles, c’est qu’elles sont organisées à partir d’exigences extrinsèques, sans partir de ce qu’il faut enseigner, à qui il faut l’enseigner et la manière de l’enseigner. Ici, c’est l’inverse : on ne construit pas un emploi du temps artificiel dans lequel élèves, professeurs et connaissances doivent se couler tant bien que mal, mais on se demande en permanence comment faire pour que les élèves, grâce aux professeurs, s’approprient les savoirs. Ce changement paradigmatique est absolument fondamental : il permet, par exemple, de remplacer la notion passe-partout de « cours » par des groupements finalisés et précisément ciblés : groupes de besoin, ateliers, cours magistraux, etc. On sait ce qu’on doit transmettre et on cherche la meilleure manière de le faire. Cela permet aussi de penser la progression des élèves et de mettre les moyens didactiques au service de celle-ci quand, trop souvent, la temporalité est celle d’une institution qui accepte de « perdre en route » ceux qui ne peuvent s’y conformer.

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Mais cette efficacité didactique s’accompagne d’une forte préoccupation pédagogique et citoyenne : il s’agit d’ « instituer l’École » avec les élèves, de les impliquer dans le fonctionnement afin qu’elle devienne « leur affaire ». Il s’agit de les associer progressivement à la responsabilité de leurs apprentissages pour qu’ils puissent se construire comme sujets autonomes. Il s’agit de faire de l’interaction solidaire un moteur du développement individuel et collectif.

Il ne faut pas le cacher : ce projet sera difficile à mettre en oeuvre et demandera un très gros investissement de la part de ses responsables. Mais ils sont prêts à l’assumer. En cela, ils rendront un immense service à la fois aux élèves qu’ils scolariseront, mais aussi à la recherche pédagogique et à la société tout entière. Ils contribueront, en effet, à explorer de nouvelles formes scolaires dont la modernité a terriblement besoin.

Je soutiens ce projet sans réserve et suis prêt, dans la mesure de mes possibilités, à lui apporter mon concours.