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La culture propensive

mercredi 19 septembre 2007

Dans la langue chinoise un petit mot intéressant : che, qui est à peu près intraduisible en français, mais qui correspond entre autres à l’idée de propension : l’art d’aider les choses à devenir ce qu’elles ont tendance, naturellement, à devenir, sans les forcer ni les freiner.

La terre, on y retournera bientôt. Alors faisons d’elle une alliée, elle ne demande que ça…

Culture propensive... ?

"Dans notre association à la terre, une relation peut s’établir, et qui dit relation dit échange. La terre nous informe des moments propices à ses mutations, transformations, évolutions, qui permettront une récolte optimisée. Un jour de pluie, la terre se fait collante pour nous dire "Ne me travaille pas, je suis mal disposée". De même, par temps chaud et trop sec, elle se fait craquante, murmurant : " Ne me perturbe pas, j’ai déjà difficile, un très léger binage suffira à m’aider à prendre la rosée, il fait si chaud, reste à l’ombre !"

La terre est vivante et demande l’observation du bien à propos pour une culture propensive.

Dans le même ordre d’idée, notre relationnel à l’autre dans le couple demande la même observation du "bien à propos". L’autre, par des messages aussi discrets que ceux de la terre nous laissera sentir si le bisou, le câlin, la marque d’amour seront bien à propos. Par temps de pleurs et de pluie, la tisane chaude respectant le moment de solitude sera plus adaptée que le câlin brûlant des jours de printemps. Donner , oui , sentir que cela peut être reçu, c’est encore mieux... La relation propensive.

Quelques histoires de jardins...

1) Certains jardiniers vous diront que le 23 mai, on récolte les haricots. En fait, cette année, il a fait froid, très froid, exceptionnellement froid. En plus, Gustave, jardinier de son état a perdu son chat qui n’est pas rentré depuis 5 jours...ça le turlupine, du coup, il se sent triste et préoccupé... De toute façon, il est 8h31, nous sommes le 23 mai, c’est l’heure et le jour des haricots. Mais voilà, OH Surprise ! Gustave arrive au jardin, la mine grognon : ça le fait déjà ch... d’être là et en plus, les haricots , eux, n’y sont pas !

— -> Ceci est un exemple de ce qui n’est pas propensiophile.

2) Annette va au jardin le coeur joyeux. Elle y pense depuis quelques jours et est ravie de découvrir comment ont évolué ses plantes : choux, houblons et persils plats... Elle ne sait pas encore ce qu’elle va faire au jardin, ni comment mais elle est prête, disponible et disposée, éveillée à l’autre, à l’écoute d’elle-même et de la nature. A ce moment-là, TOUT est possible. Tout est possible AVEC ce qu’elle sent d’elle-même, AVEC ce qui est et AVEC ce qui n’est pas. Et non pas contre... En fait, la culture propensive, c’est comme aimer. Ce n’est pas voir en l’autre ce qu’on voudrait qu’il soit, chercher à le rendre conforme à un idéal, MAIS l’accueillir tel qu’il est et peut être. FAIRE AVEC

* "When timing is good, everything is good" ( Sagesse indienne)

Montaigne nous dit à propos d’Etienne : " Si l’on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne pourrait s’exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui ; parce que c’était moi." Les plus belles rencontres, celles dont naissent l’amitié ou l’amour sincères et véritables, apparaissent ainsi, comme écrites. " Maktoub" disent nos amis arabes. Mais dans cet agencement de deux êtres prêts à se donner et à s’accueillir l’un l’autre, il y a aussi un "en-dehors", un "autour", un contexte favorable. Ca n’aurait pu être ailleurs en un autre temps, c’est ici et maintenant : NOW HERE.

Retournons à notre jardin "qu’il faut cultiver" nous disait Voltaire. Il y a la jardinière et la graine et il y a la terre. C’est trois là ont un truc à vivre, quelquechose qui peut naître de leur rencontre et les nourrir chacune.

La culture propensive, c’est le regard de la jardinière qui choisit où elle plantera telle ou telle graine. Son choix sera d’autant plus judicieux qu’elle prendra en compte la pente du terrain, la nature de la terre, l’inclinaison du soleil. C’est aussi la main verte qui arrose à l’heure de Rosée, qui dégage les abords pour laisser respirer... C’est la mauvaise herbe que l’on peut renommer vertueuse, toute propension gardée...

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