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Possède-toi toi-même

dimanche 17 mars 2013

Ma petite a de l’eczéma. Maladie étrangement banale. Dysfonctionnement. Grattages intempestifs. Insupportables. Infernaux. Rendez-vous chez des spécialistes. Cortisone. Antihistaminique. Non, c’est psychologique. Gélules homéopathiques. Trois fois par jour. Comment s’est passée la grossesse ? Les spécialistes ont l’art de ne pas être artistes. Protocole. Discours médical formalisé. Ils vous possèdent : c’est leur business. Prescriptions. Honoraires. Ça roule, au suivant.

Aucun ne vous dira : je ne sais pas. Evidemment, je ne consulte pas des spécialistes pour qu’ils me disent qu’ils ne savent pas. D’abord, je vais les consulter parce que voir ma petite se gratter comme ça, ça me rend malade. On ne sait jamais qu’un docteur puisse m’aider. Je ne voudrais pas passer à côté. Mais plus ils sont sûrs d’eux, moins je suis rassurée. Pour qu’un spécialiste ait ma confiance, il faudrait qu’il me dise : l’eczéma de votre petite, c’est un cas particulier, comme tous les cas d’eczéma. Chacun son eczéma. Je ne peux pas vous aider mais je veux bien essayer. Comment voulez-vous vous y prendre ? Ce spécialiste-là n’existe pas. Ou plutôt c’est un non-spécialiste. Ça pourrait-être n’importe qui. Y compris moi-même, si je trouvais en moi la confiance nécessaire pour soigner comme je peux ma petite.
J’ai cru qu’un spécialiste pourrait m’aider parce que j’ai d’abord pensé que les spécialistes étaient les seuls à être disposés à partager la souffrance. Du fait qu’ils existent, c’est comme s’ils annulaient la possibilité que d’autres puissent aider les « malades ». En fait, ils rendent la maladie plus visible, plus efficace, plus cruelle. Ils la font exister. C’est pour ça qu’ils existent. Et pour peu que vous rentriez dans le jeu, que vous suiviez la prescription, votre maladie ne vous appartient plus. Elle appartient à ceux qui l’ont diagnostiquée. Le traitement fait partie du diagnostic. L’hypertension artérielle existe depuis qu’on a inventé le médicament qui la traite. Sans cela, on ne vous aurait jamais diagnostiqué une hypertension artérielle, à quoi bon ? Je m’excuse auprès des spécialistes si l’exemple est mal choisi, mais il me semble que le raisonnement tient la route.

Et vaut pour tous les dysfonctionnements. Violence ? Schizophrénie ? Hyperactivité ? Maladies étrangement banales. Irruptions intempestives. Insupportables. Infernales. Spécialistes. Institutions. Prescriptions. Comment s’est passée l’enfance ? Discours autoritaire, bienpensant, formalisé.

Ils les possèdent : c’est leur business.