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petite fugue

variations sur le thème du départ (qui n’a pas toujours lieu quand il semble trop facile...)

lundi 24 décembre 2012

  J’me casse !
  D’accord, salut.
  Quoi, t’es dégueulasse ! Tu me laisserais partir comme ça !

 J’me casse ! Adieu !
 mmm...
(un peu de temps passe...)
 Ben quoi, j’me suis cassé, et vous restez là tranquillement, à papoter comme des vieux !
 Dors bien. A demain.

  J’me casse !
  Ah oui ? Bon vent.
  Heu… bon, ça va, je reste…

  J’me casse !
  …
  Ben… j’sais pas où aller… J’verrai ça demain

  J’me casse !
  Ah ? Et la visite au centre de réfugiés, prévue pour demain ?
  Ah, ouais, ben j’me casserai après-demain

  J’veux un appartement là, tout près, sinon j’me casse !
  C’est pas possible maintenant, mais dans un an ou deux, pourquoi pas ?
  Ah non, dans un an ou deux, je veux vivre à la Maison Deligny !

  J’me casse !
  Pas de problème, mais tu sais, si tu pars, tu ne reviens pas : t’es parti.
  Quoi ! C’est dégueulasse, je peux partir, mais je ne peux même pas revenir !
  Si tu veux revenir, reste-là, ce sera moins fatigant.

  J’me casse !
  Ok, je te conduis à la gare
  Mais non, tu ne peux pas : je fais une fugue, tu dois intervenir
  …
  Bon, ça va, je reste

  J’me casse !
  Ok, ça fera de la place pour un autre.
  Quoi ? Dans ma chambre ? Pas question !

  J’me casse ! Et vous pourrez toujours courir pour me retrouver.
  On ne te cherchera pas.
  Salauds ! Vous m’abandonneriez ? Trop facile, je reste alors.

  J’me casse !
  Ah ? Et tu vas où ?
  À la Citadelle !
  Ah oui ? Les médicaments, et tout ça ?
  Non ! Pas question. Je reste !

  J’me casse !
  Ah ? Et tu vas où ?
  Je retourne à Horizon !
  Est-ce qu’ils ne t’ont pas viré, eux ? Tu penses que ça ira ?
  Ah non, les salauds, ils m’ont viré, ils peuvent toujours courir pour me revoir. Je reste, tiens, rien que pour les emmerder.

 J’me casse !
 ...
 Ah ! Ah ! Tu ne dis rien, t’es content que je me barre ! C’est ça ?
 ...
 Ben t’aurais trop bon ! Je suis chez moi, ici ! Tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça !

 J’me casse !
 Ok, descends de la voiture !
 ... ?
 Liège, c’est par là, 35 km. Limerlé, c’est par là, 35 km. Bonne marche.
 ... Quoi ? Tu ne vas pas me laisser là !?
 Bonne marche.

Etc. La fugue n’est pas un problème, mais un discours, du langage. Le problème, c’est qu’elle voile ce qu’elle dit, en concrétisant la disparition du locuteur. Comment lire ou entendre ce ce qu’elle dit, tout en brouillant le message ? Peut-être récupérer le locuteur, en l’effaçant elle-même, en la rendant si facile, si banale, et donc moins attrayante, qu’elle s’annule en perdant de son sens, et fait sens, paradoxalement, en dévoilant ce qu’elle dissimulait en se prétendant discours. Hum...