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il n’y a pas loin de cabine à cabane...

mardi 25 décembre 2012

Il n’y a pas loin de cabine à cabane. Des mots cousins, vraisemblablement. Vérification faite, l’origine du premier est obscure, et renvoie peut-être au second dans quelque dialecte picardo-flamand.

Les cabines, donc, ont été construites, à la suite du bateau, pour ces voisins là, qui arrivent, restent ou repartent bientôt. Elles font du radeau Maison Deligny un lieu habitable et une invitation au voyage.

Le bateau est de belle taille : c’est un onze mètres qui se trouve suspendu à la charpente de la grange. On y peut loger à quatre, sans promiscuité. Il reste fantomatique, déserté, peuplé par les ombres.

Les cabines, par contre, en bois conformément à leur étymologie, sont exiguës, nul ne s’en étonnera. Elles ont la prédilection des jeunes voisins. On y comprend « recherche d’intimité », cocon, tout ce qu’on veut. Et on se trompe. Leur principale qualité est la multiplicité. Il y en a quatre, qui sont devenues trois par la grâce d’un coup de scie. Il n’en reste pas moins qu’elles dépassent laborieusement les quatre mètres carrés, sous combles s’il-vous-plaît. C’est un lit, avec un peu de place dans ses environs.

Les voisins là se les approprient, vissent ou clouent une étagère rudimentaire, tapissent les parois de ce qu’ils veulent. Puis déménagent. Préfèrent la cabine d’à-côté, que son occupant délaisse pour une autre.
Et voilà qu’ils s’entassent, à trois, dans une seule, conférant aux autres la fonction de salon, de second salon, qui s’ajoutent à l’autre, agrémenté, lui, d’un feu ouvert et de fauteuils… lesquels deviennent couchettes occasionnelles.

Et le bateau promène, sous la toiture, son ventre vide.

Les nuits sont courtes, peuplées de jeux, de récits, de confidences chuchotées, et de disputes qui explosent le jour, la nuit, indifféremment.
On nous dit, du côté des experts qui savent, calculent dressent les statistiques, que le « nomadisme institutionnel » est l’une des plaies qui blessent le secteur, et les enfants qui ont le privilège d’en être les objets. Qu’il faut y remédier…

Tiens, voilà peut-être une piste : laisser se développer un autre vagabondage, un jeu de passe-murailles. Ça ne coûte pas grand’chose : juste des nuits blanches, la surprise de ne jamais retrouver un enfant là où on s’attend à le voir s’éveiller matin, et pas mal d’obstination sur la géographie appropriable : non, pas dans la salle d’arts. Non, pas dans la voiture. Non, pas dans le four à pain. Non, pas dans l’atelier de menuiserie. Non, pas avec les moutons…

  Et chez Mireille, je peux ?
  Ça, tu vois avec Mireille.