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encore une directrice

jeudi 7 février 2013

Encore une directrice

Le petit est là depuis bientôt six mois, pêché en psychiatrie, où il n’avait rien à faire, seule place trouvée pour lui après son expulsion d’une maison, disons, familiale. De violence, on n’a vu qu’un petit poing levé sans conviction, une vague menace de montrer ce qu’il peut faire, et quelque bris de mobilier.

Sa vie, en son début, est une collection de violences, réelles, celles-là. Puisqu’il était un peu agité, très jeune, il a été aiguillé vers l’enseignement spécialisé. Peut-être pour ne pas effrayer les enfants.

Après quelques semaines à la Maison Deligny, il a exprimé son désir de retourner à l’école. Il a droit à l’école dite ordinaire, mais un papier est nécessaire, et il faut le quémander. A genoux, peut-être, car il n’arrive que trois mois après la demande. Et pendant ces trois mois, école obligatoire interdite pour ce gamin là.
La directrice qui le signe choisit un ton un peu badin, léger. Elle commence en annonçant qu’elle envoie aujourd’hui un avis prêt depuis trois mois. Il est défavorable, mais nuancé. En effet, elle n’a plus vu le petit depuis six mois, et à cette époque, il avait des bouffées d’angoisse, et puis il est fragile, affectivement.

Suffisant pour l’empêcher de fréquenter une école autre que spécialisée. Mais elle a appris que depuis, ça va mieux. Alors elle nuance. Elle conclut son défavorable avis par un « pourquoi pas essayer » qui l’exonère de toute responsabilité, et va rassurer, sans doute, l’école qui elle, prend le risque de lui offrir une chance. Si ça se passe mal, on ne pourra rien lui reprocher. En choisissant le pire pour le petit, elle ne pouvait pas se tromper. L’ambition et la justice, elle la laisse aux autres.

Elle est directrice de quelque chose qui fait de la psychologie, et reste à notre disposition pour tout renseignement complémentaire. Tiens, on lui demanderait bien pourquoi un enfant, qui a de solides raisons d’être "affectivement fragile", s’en trouve ainsi puni. Cela s’appelle la double peine.