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Encore un Crétois

dimanche 21 septembre 2014

  C’est vrai, je mens parfois, je le reconnais, mais je te jure que je ne vole pas.
  Oui, mais quand tu dis ça, comment puis-je savoir que tu ne mens pas ?
  …

Enfermé lui-même dans le paradoxe du Crétois qui dit qu’il ment, et donc dit vrai en mentant, et donc ment, le Petit demeure songeur, puis fait diversion en annonçant qu’il va retrouver ses amis, ceux qu’il rabrouait hier, mais nommait amis avant-hier. Il articule « amis » avec autant de soin qu’il prononçait « salauds ». Avec la même délectation.
Pourtant, il a bien eu lieu, ce petit détournement mineur, ils ont bien disparu, ces quelques sous, pour devenir paquet de tabac, ou sucreries colorées dans la poche du Petit.

Montaigne, confronté aux menus larcins de ses domestiques, choisissait de ne pas les voir afin de ne pas perturber sa sérénité avec des broutilles. Il préférait penser à autre chose, il refusait d’encombrer ses jours et ses réflexions par une préoccupation vaine, non productive. L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant.

Et Sénèque, avec toute la clique des stoïciens derrière lui, affirmait que tout ce qu’on peut me dérober est de médiocre valeur, et peut bien disparaître, emporté par un indélicat. Ce qui compte vraiment ne se compte pas. Reste à l’identifier.

Et le Petit, il lui reste à découvrir qu’elle est bien fade la jouissance clandestine d’un bien facultatif, non naturel, non nécessaire. Puis quand il aura compris, on lui lira Epicure.